Compte rendu du millésime 2021

Chers amis de la Cendrillon,

Nous sommes au commencement de l’hiver et le chai de vinification résonne encore des fermentations de nos Corbières : nos cuvées de l’année sont en pleine phase d’élevage primordial pour leur élaboration.

2021, en plus d’être un millésime tardif, fut riche en aléas. Si chaque année recèle un vrai challenge, marqué par de nombreux défis, de combats, ce millésime 2021 aura été l’un des plus complexes de toute l’histoire du domaine : en cause, le gel du début du Printemps, un été sec et chaud et un automne pluvieux.

Les Champenois ne s’étaient pas trompés : « Année en 1, année de rien. » !

Au final, nous avons perdu 50% de notre récolte mais nous sommes fiers d’avoir pu vinifier chacune de nos parcelles même si cela reste très peu de ce que l’on pouvait attendre. Nous avons quand même réussi à rester sur notre ligne directrice depuis un grand nombre d’années. Ce millésime demeurera gravé dans nos mémoires.

Laissez-nous vous conduire à travers ce millésime exigeant.

Tout commence par la première saison, celle qui donne le ton au millésime futur : l’hiver 2021.

Un hiver partiel, pas suffisant !

Au début de l’hiver, tout avait bien commencé : nous avions eu de longues périodes de givre et de froid jusqu’au début du mois de février nous laissant l’opportunité de tailler nos vignes et de travailler nos sols.

Malheureusement, l’hiver s’est progressivement réchauffé avec des températures plus douces au début du mois de Février. Durant cette période, la vigne a commencé à débourrer trop précocement.

Nous risquions donc un scénario catastrophique qui n’était plus survenu depuis un grand nombre d’années.

 

Augmentation des températures avec un pic de 21°C dans l’après-midi du 2 février.

 

Tailler au soleil avec des températures chaudes, l’inquiétude commençait à monter…

 

Un printemps destructeur

Après un hiver plus que chaud, le printemps est venu, accentuant l’inquiétude persistante d’une année instable. Dans le Languedoc et tout spécialement dans les Corbières, le printemps est la saison de tous les risques. Effectivement, au commencement printanier, nos vignes ont entamé leurs débourrements plus tôt que d’habitude en raison des mois de janvier et février bien plus chauds qu’on ne l’imaginait. Le gel de la nuit, les 7 et 8 avril, avec des températures descendant jusqu’à -8°C dans le vignoble nous a porté un coup fatal. Nous savions que cela pouvait arriver mais pas aussi rapidement. Et comme nous pouvions l’attendre, la nuit fût dévastatrice pour plus de 70% de notre vignoble. Nous n’avions pas grand-chose à faire qu’attendre que la nuit passe. Les basses températures ne nous laissé que le choix de patienter sans pouvoir agir sur notre vignoble. Les dégâts se sont fait ressentir dès le lendemain avec des bourgeons noirs et brulés sur quasiment 70% de notre vignoble.

 

Températures très basses dans la nuit du 7 et 8 avril entre -4°C et -8°C

 

Bourgeons après la nuit de gel du 7 et 8 avril

 

Du jamais vu depuis 75 ans 

Le gel est plutôt exceptionnel dans le Languedoc et particulièrement dans les Corbières. Dans notre village, on n’avait pas vu de gelées aussi importantes depuis plus de 75 ans. A la suite de ces fameuses nuits des 7 et 8 avril, l’équipe a eu des difficultés à garder le moral et à tourner la page. Tout le monde savait qu’il n’y avait pas grand-chose à faire que d’accepter.  Dans ce métier, des circonstances extrêmes peuvent survenir. Il a donc fallu se reconcentrer et aller de l’avant pour tirer le maximum de notre vignoble.

 

Bourgeons noirs et brulés sur l’une de nos parcelles

 

 

La suite du printemps fût plutôt calme et tranquille avec des températures dans la moyenne de saison. C’est une saison cruciale durant laquelle le développement végétatif de la vigne est le plus important. Mais c’est aussi celle où les risques sanitaires sont les plus importants : les maladies endémiques de la vigne (le mildiou ou l’oïdium) qui sont des champignons, aiment la combinaison de l’humidité et de température chaude. Il faut donc être particulièrement vigilant pour détecter et prévenir l’apparition de ces maladies. Heureusement, la météo fût plutôt clémente et l’état sanitaire du vignoble est resté sain avec des jours chauds et secs permettant à la vigne de faire quelques réserves après le traumatisme de début avril.

Un été trop sec !

Pendant la période estivale, le soleil, bien installé, encourageait la diminution d’eau dans les sols. L’été fût très pluvieux dans de multiples régions viticoles françaises mais malheureusement aucune goutte d’eau n’est descendue jusqu’à nos ceps. Les fortes chaleurs durant cette période n’ont pas du tout été bénéfiques au développement de la vigne. Si l’état sanitaire est resté très bon, la vigne qui avait déjà été fortement perturbée par le gel a souffert du manque d’eau (ou stress hydrique). La véraison qui marque le début de la coloration des baies de raisins fût très hétérogène au sein des parcelles avec parfois des décalages de plusieurs semaines entre des grappes sur le même cep. Nous avons pu limiter les dégâts sur une moitié du vignoble, équipée de goutte-à-goutte sur laquelle nous avons le droit d’irriguer très ponctuellement pendant l’été.

 

Un plantier de Carignan

 

Début de la véraison. Plus qu’une centaine de jours avant les vendanges.

 

2021 : Millésime exigeant

Moment de vérité : les vendanges. Commencées à la fin du mois d’août, elles ont été compliquées tout d’abord du fait des décalages des maturités dues au gel d’Avril. Après deux premières semaines pendant lesquelles nous avons vendangé les blancs et commencé les premiers cépages rouges, nous avons reçu une quarantaine de millimètres de pluie en 2 jours autour du 10 Septembre. Cette pluie a eu des effets très positifs sur les Syrah que nous avons ramassées peu de temps après en permettant de rafraîchir nettement les profils de vin. Mais la semaine suivante a été elle aussi très humide, si bien que l’état sanitaire des raisins a commencé à se dégrader sur les grenaches Noirs et les mourvèdres.

C’est donc un millésime exigeant qui a nécessité beaucoup de rigueur et de sélection pendant les vendanges. Pendant la première partie des vendanges, nous avons beaucoup sélectionné les raisins pour éviter d’encuver des raisins pas encore mûrs à cause du gel. Puis pendant la seconde moitié des vendanges, nous avons dû beaucoup trier la vendange pour n’encuver que des raisins à l’état sanitaire irréprochable. Dans certaines parcelles, nous n’avons ramassé qu’un tiers des raisins par endroit

 

Pluviométrie importante durant le mois de septembre avec 27,4mm le 10 septembre

 

On goûte les baies de raisins et on évalue les maturités

 

Heureusement, l’équipe a su se montrer très réactive pendant ces vendanges pour profiter des bons créneaux que la météo nous laissait. Un travail d’envergure et un tri aussi minutieux que rigoureux ! Pressés par le temps et la pluie, il nous a fallu accélérer la fin des vendanges quasiment 15 jours plus tôt que l’année précédente. Au final, 2021 sera un « petit » millésime. Nous avons produit moitié moins qu’une année normale, nos rendements ont été divisés par deux .

Nous avons achevé de ramasser le dernier Mourvèdre le 29 Septembre, soit presque 15 jours plus tôt qu’une année normale.

En cave, nous avons notamment continué nos recherches sur les fermentations en levures indigènes. L’année précédente, nous avions vinifié 13hl de Carignan non levurés avec un résultat très satisfaisant. Cette année, nous voulions donc nous y essayer sur un plus gros volume et surtout pouvoir comparer avec une fermentation en utilisant des levures. Nous avons donc sélectionné une de nos parcelles : la Syrah « Chabardes » dont nous avons réparti la vendange en 3 cuves distinctes. La première a été levurée en utilisant la levure neutre F33 que nous utilisons habituellement dans la majorité de nos fermentations. Les 2 autres ont fermenté en levures indigènes avec 2 méthodes différentes. Malgré une petite alerte sur ces 2 cuves après 24h avec une pointe d’acétate se développant dans le chapeau, nous avons pu rattraper les fermentations en faisant de légers remontages pour les aérer et terminer les fermentations. Le résultat une fois de plus est très encourageant. Outre la satisfaction d’avoir conduit une fermentation uniquement avec les levures de notre terroir et du millésime, les vins semblent plus frais, un peu plus vivants avec des expressions changeantes en fonction des jours et surtout 1/2 degré d’alcool en moins. Cela nous encourage certainement à continuer l’année prochaine !

Il aura fallu se battre pour sauver ce millésime mais grâce au fantastique travail de l’équipe, nous avons en cuve de jolis jus avec des profils plutôt frais et pas trop extraits. La fraîcheur du mois de Septembre aura permis de bien équilibrer la chaleur et la sécheresse des mois d’été. Après des fermentations maitrisées, les vinifications et les élevages sont encourageants. Il est encore trop tôt pour crier victoire, mais nous avons fait tout ce qu’il était possible de faire.

En espérant que vous et vos proches se portent bien, nous vous invitons à nous rendre visite au domaine pour déguster ce fameux millésime 2021.

Nous attendons de vos nouvelles !

La « Team Cendrillon »

 

Vendange des blancs en cagette

 

Vendange d’une de nos parcelles de syrah

 

 

 

Quelques souvenirs de l’année 2021

Un faisan dans nos vignes

Premier pressoir 2021

 

Désherbage d’un plantier de Grenache

 

Vendange entière des blancs dans le pressoir

Remontage d’une cuve de rouge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PS : si vous demandez ce que fait Hubert fait pendant son temps libre au domaine. Et bien il se consacre au bouturage. Cela consiste à récolter les sarments coupés lors de la taille et d’en faire ressortir de nouveaux bourgeons dans un but de donner naissance à une nouvelle plante. Je vous en dis pas plus, je vous laisse le découvrir à travers ces quelques photos !

 

 

 


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